RESULTAT DU PREMIER CONCOURS DE NOUVELLES

CA Y EST !

LE COMITÉ DE LECTURE A RENDU SON JUGEMENT …

NOUS DEVONS LE TEXTE GAGNANT A L’AUTEUR : M’Isey.

NOUS REMERCIONS TOUS LES PARTICIPANTS ET LES TROIS AUTRES FINALISTES DU CONCOURS. LES PERSONNES INTÉRESSÉES POURRONT AVOIR ACCÉS AUX TEXTES DES TROIS AUTRES FINALISTES. MERCI DE NOUS CONTACTER PAR MAIL A : asso.ledla@gmail.com

VOICI DONC, CI-APRÉS, LE RÉCIT GAGNANT DE NOTRE PREMIER CONCOURS : (N’HÉSITEZ PAS A NOUS FAIRE PART DE VOS COMMENTAIRES).

BONNE LECTURE !

Kali Yuga

Deux soldats immobiles, deux jumeaux brillants sous le soleil, marquent la frontière entre la ville et ce désert, cette surface vaine et silencieuse s’étendant bien au-delà de l’horizon. La déesse déchue promène son regard sur l’un des gardes, plus rigide que le marbre, armé et casqué de bronze, harnaché de cuir et de tissus aux couleurs de son seigneur. Jeune et fier, solide, rasé de près. Cerbère impénétrable.

Satisfaite, la déesse franchit la grand-porte et entre dans la ville aux murs bleus, la ville aux turquoises. Instantanément, elle se retrouve au cœur d’une foule disparate d’hommes libres, commerçants, citoyens, femmes nobles, qui s’agitent sans cohérence. C’est le grand marché. Des étalages attirent l’œil par les couleurs, douces ou agressives, de fruits frais, d’épices et de mets variés, de soies resplendissantes et d’étoffes étrangères, de métaux luisants comme des miroirs. Entre ceux-là, des étals discrets, fait de vieilles planches de bois, proposent des poteries ou du pain. Chants, appels, rires, pleurs parfois, se mêlent avec naturel en une symphonie populaire, irrégulière, un peu grossière mais attachante.

La déesse déchue sourit, émerveillée, lorsqu’un passant pressé la bouscule. C’est un jeune homme, de classe moyenne si l’on en juge à ses vêtements, accompagné d’autres personnes de son rang. Il se retourne et baisse les yeux en signe d’excuse, de grands yeux noirs pétillants, avant de rejoindre ses compagnons et de s’évanouir dans la foule. Elle a conservé son sourire. Tout cela est si vivant, si insouciant…

— Des fruits, madame ? lance un riche marchand. Voyez mes fruits !

Mais son regard se détourne, méprisant, dès qu’il remarque les haillons de la vagabonde. Elle l’oublie et continue son chemin, passe une arcade haute de plusieurs étages et aboutit sur une nouvelle esplanade, tout aussi animée.

Celle-ci est bien quatre fois plus grande que la précédente. Des milliers d’âmes se croisent en ce moment entre des murs encore plus hauts que la place n’est large. Au sommet des remparts, des hommes brillant de gloire et de bronze sont tournés vers l’horizon, de puissantes armes de jet entre leurs mains. Au niveau inférieur, sur de longs couloirs aménagés à même la muraille, certains soldats s’accoudent au garde-corps, surplombant l’immense scène de plusieurs mètres.

La déesse se fraie un chemin, zigzaguant, parmi commerçants et chalands, et parvient à atteindre la fontaine centrale. Imitant deux citoyens, elle se penche et se désaltère. Lorsqu’elle se redresse, elle retrouve le visage du jeune homme qui l’avait bousculée. Celui-ci baisse une nouvelle fois la tête.

— Excusez-moi encore, amie.

Excuses accordées d’un hochement de tête.

— Permettez-moi, poursuit-il, de vous offrir autre chose à boire que l’eau d’une fontaine…

La déesse accepte. Aux yeux du jeune homme, elle est une femme sans âge, aux traits quelque peu différents de ceux d’ici, mais sans qu’on puisse clairement les définir. Traversant une nouvelle fois la foule houleuse, elle se laisse guider vers une taverne. Un cabaret anonyme, à l’enseigne arrachée. Le jeune homme surprend le regard de l’étrangère et précise :

— Ils l’ont enlevée pour en mettre une neuve. C’est le Relais des Dieux.

La femme sourit. Le citoyen enchaîne :

— C’est vrai qu’on n’a jamais vu de dieu venir ici. D’ailleurs, s’ils venaient, est-ce qu’on les reconnaîtrait ?

— Qui sait ? répond la déesse.

— Qui ? Eux seuls, bien sûr ! reprend le jeune, souriant, ravi de sa propre répartie.

Ils entrent.

La chaleur inévitable, les odeurs d’une taverne type. L’étrangère enlève son manteau usé. Elle s’installe à une table excentrée et pose le vêtement sur ses genoux. Le jeune homme hèle une serveuse, qui demande aussitôt :

— Amis ?

— Deux liqueurs chaudes, décide le citoyen.

Il tire de son manteau une bourse de tissu et un poignard à larme courbe, qu’il pose sur la table. On ne garde jamais une arme sur soi dans un tel lieu. Tradition. Il ouvre son aumônière et retire quatre pièces d’argent, qu’il tend de manière impérieuse à la vagabonde.

— Prends !

— Non, ami. Merci.

Le jeune homme les pose quand même devant la femme :

— Pour un nouveau manteau.

Deux soldats entrent et leurs pensées atteignent la déesse déchue. Les contours de l’auberge s’estompent quelques instants. Dans un flot de violence incontrôlée, ambition et courage se côtoient, se mêlent, se dissolvent pour resurgir sous les traits prétentieux du pouvoir. Des armes blanches se croisent et essaiment de livides cadavres, lesquels se fondent en un unique souvenir de terreur. Les corps à corps se font légion, le sang pollue les fontaines. Les hordes, toutes de gloire et de bronze, marchent sur les villes, sur les landes, sur des peuples entiers ; peuples de femmes soumises, de vieux décimés et d’enfant esclaves. Un raz-de-marée écarlate emporte alors hommes et espoirs. Le froid apparaît, avec la souffrance, le désespoir et la mort. Puis vient la chute.

Sa chute…

Un voyage interminable, une errance sans fin. Un homme guéri chante la gloire des forces au-delà du ciel, un être sauvé rend grâce à la vagabonde généreuse, un cadavre l’ignore prétentieusement. Le mépris vogue en arrière plan, précédé de la dérision. La honte, enfin, rie inlassablement. Le trépas, un cyclone de vide, une chute sans fin dans un monde sans fond. Le chaos primaire, le chaos absolu.

Le néant.

— Amie ?

Le jeune homme lui tend son gobelet de liqueur, fumant.

— Oh, merci !

Et lui ? se demande soudain la déesse. Le noir s’empare aussitôt d’elle. Et dans ces ténèbres, une flamme se bat pour survivre. L’espoir. Suivent alors la joie, la passion, la force. Des rayons de couleurs primaires envahissent l’espace, chaque croisement engendrant une nuée de sensations différentes, une infinité d’images, une multitude de futurs probables. Un ciel heureux survolant une herbe parfaite, un désert encadrant des murs bleus, les voiles géantes de grands navires sur une mer de vie et d’unité. Le voyage, la foule, la confiance, la joie, le départ, l’espoir…

Le temps.

Le désespoir.

— Amie !? s’inquiète le jeune homme.

La vieille semble reprendre vie. Elle relève la tête et avale sa boisson.

— Cette ville, finit-elle par dire, est bien grande et bien joyeuse…

— Pourquoi cela ?

— Parce que les grandes cités périssent toujours.

— Rien ni personne n’est éternel, admet le citoyen. Mais le danger n’est pas pour notre génération.

— Qu’en sais-tu ? rectifie la vagabonde. Connais-tu ton ennemi ?

— Il n’y en a pas.

— Nous avons tous un ennemi. Le temps…

— Tu le vois, la cité est encore jeune.

— Le climat ?

— On ne redoute que la chaleur. Mais la pierre résiste et nous avons organisé nos réserves d’eau.

— La nature, insiste la vagabonde.

— Laquelle ? Il n’y a que le désert.

— Les Dieux.

— Notre cité est égalitaire, affirme encore le jeune. Nous marchandons avec l’étranger mais n’avons jamais cherché à agrandir nos frontières. Pourquoi les Dieux nous voudraient-ils du mal ?

— Les Dieux ne décident pas toujours. Il est des forces qui les dépassent.

— La cité peut résister à tout.

Solide dans ses opinions comme les murailles de la cité. La confiance est une qualité qui se mue parfois en défaut létal. La vieille plonge son regard dans son gobelet. Il faudra pourtant bien qu’ils la tuent. Seule sa mort, de la main de mortels, la fera renaître déesse. Cette ville est assez disparate pour que personne ne cherche son nom, qu’il s’y trouve quelqu’un pour ne pas craindre un déicide.

— Connais-tu la légende du Cavalier Fléau ? demande-t-elle enfin.

— Non.

Le jeune homme interpelle la serveuse :

— Deux autres !

Puis à son invitée :

— Quelle est cette histoire, amie ?

— As-tu déjà vu une personne aux yeux verts ?

— Cesse donc d’interroger et raconte, s’impatiente l’hôte. Personne n’a les yeux verts, même les plus lointains des étrangers. Cela ne se peut pas.

— Pas même les plus lointains des étrangers, acquiesce la déesse. Connais-tu les cités d’Ylahhla et de Sal Yeim ?

— Bien sûr. Mais aucune n’existe encore. Si tu entamais ton…

— Elle est entamée.

Les nouveaux gobelets sont déposés sur leur table. La vagabonde contemple les arabesques éphémères de la fumée s’évadant de sa chaude boisson. Puis elle reprend :

— Toutes ces villes, lors de leur dernier jour, ont vu passer entre leurs murs un cavalier. Il avait les yeux verts.

— Et… ?

— Et alors, ce cavalier, c’est le Cavalier Fléau. Certaines religions le nomment Mort.

— Je n’en ai jamais entendu parler, doute le citoyen. Ne serais-tu pas l’auteur de cette histoire ?

— En quelque sorte.

Le jeune homme achève sa liqueur d’un trait et laisse tomber trois petites pièces d’argent sur la table. Il se lève, rempochant son arme et sa bourse.

— Je te salue, amie !

— Va-t’en, conseille alors la déesse errante d’une voix lugubre. Fuis la cité. Maintenant !

Lorsqu’elle redresse la tête, ses yeux sont verts.

Un morceau de pierre bleutée se fendille. Les lézardes se multiplient, se croisent et engendrent un puzzle incontrôlable. Juste à la verticale, deux gardes échangent quelques mots. La fissure se déchaîne, s’étend à tout l’étage. Un immense bloc de pierre se brise et emporte les guerriers dans sa chute. Une pluie de débris, certains plus lourds qu’un homme, s’abattent sur la foule en contrebas. Un vent de panique parcourt aussitôt la grand place.

Les cris horrifiés atteignent la taverne. Le jeune homme s’élance vers la rue, s’interrompt et se retourne rapidement vers la déesse :

— Des histoires de bonnes femmes, ton Cavalier !

Puis il disparaît parmi la foule.

Dans la pénombre et la fumée, il n’a pas vu ses yeux verts.

Le calme reprend lentement ses droits. Le deuil cède la place à la panique. Six personnes viennent de mourir, cinq autres sont gravement atteintes. Jamais, jamais ici on n’a connu si sombre insécurité. Les commerçants replient leurs étalages, les honnêtes gens quittent la place. En quelques minutes, celle-ci est désertée. Le vent reste, solitaire, balayant les vestiges de la foire. Les rues sont silencieuses, mortellement silencieuses. Seuls les gardes ont tenu leur position.

Alors, comme s’il n’avait attendu que cet instant, le vent s’éveille. Une bourrasque hurlante traverse les remparts aux turquoises ; un homme en bronze perd l’équilibre et bascule des hauts créneaux, pour s’écraser sur les lourdes dalles de la place. Cette fois, les soldats sont pris de terreur. On parle de dieux divers, on crie à la malédiction, et les faits viennent aussitôt grossir la rumeur : sous les regards horrifiés de ses frères d’arme, un guerrier tombe soudain à genoux, râlant, toussant, puis suffoquant à la recherche d’un air qui se dérobe à lui. Ses compagnons restent figés. Le malade s’effondre bientôt en arrière, anéanti par la mort, ses yeux suppliants et emplis de mille interrogations. Sur les remparts opposés, un homme suffoque à son tour. Puis c’est au tour d’un forain, et d’un autre… Des citoyens paniquent, des gardes aussi. Le peuple, affolé, réenvahit les dalles de la cité.

— C’est une malédiction !

— Le courroux des Démons ! Ce sont les Démons de Jaët !

— Les Dieux du Nord !

Les premiers pêcheurs tombent à genoux, suppliant le ciel ou le roi. D’autres sont plus sceptiques :

— On a trahi ! On décime nos troupes !

— Ô Dieux du Nord protégez-nous !

— Trouvez les traîtres !

— Pendez-les !

— Brûlons-les !

Un commerçant grassouillet se met à suffoquer à l’instant où il croise le regard d’un modeste potier. Pris de tremblements, livide, il le désigne du doigt avant se cesser de respirer. L’artisan sera la première cible de la foule, mais pas sa première victime : il tombe lui aussi de suffocation. Alors la population anonyme se retourne à la recherche d’un autre coupable. On dévisage ses voisins, on cherche les étrangers, quand une nouvelle rafale de vent affole tout le monde.

— C’est lui ! décide un citoyen en désignant un commerçant nouveau-venu.

L’accusé esquisse un ultime signe négatif de la tête alors qu’on se saisit de lui. Déjà quelques soupirs renaissent, mais on continue de suffoquer. Deux hommes qui priaient convulsent simultanément. Un enfant pleure et se tait définitivement. Les yeux d’un vieillard se révulsent et son corps bascule, sans vie. Les pensées se détournent du commerçant accusé, les cris redoublent d’intensité. La peur et la colère s’emmêlent.

— C’est la fin !

— C’est le choix des Dieux !

— Il faut trouver le responsable !

— Prions ! Nous devons prier et…

Mourir.

Tuer ou mourir.

Les doigts accusent ce qu’ils ne reconnaissent pas, telle cette riche étrangère. Trois gardes l’encerclent alors qu’elle amorce un premier pas de fuite. La foule jaillit, vague de peur aux mâchoires enragées.

— Apportons-la au roi ! suggère un homme.

— Au roi ! ordonne un penseur.

Tirée, poussée, battue, l’accusée passe de main en main, de mètres en mètres, abandonnant un peu plus de sang et d’humanité sur chaque nouvelle dalle. Pendant ce temps, des hommes et des femmes suffoquent encore. Lorsque l’accusée atteint le trône royal, le peuple regagne une pincée de calme. Trop tard. Elle est morte, déchiquetée. On ne saura pas qui elle était. Le fléau, lui, se poursuit.

Et le vent l’accompagne.

Des têtes se retournent et assistent, anéanties, à la chute subite, brutale, de la tour du Sud. A la clameur d’effroi se mêlent aussitôt les hurlements de douleur et de peine. Puis s’éveillent les cris d’alerte, précédant une menaçante fumée noire.

— Le feu !

— Le feu dans la cité !

— Prions, amis !

— De l’eau ! Par ici !

Entre ceux qui accusent, ceux qui essaient encore de sauver, et ceux qui meurent, d’autres pillent. D’autres encore fuient la ville. Des commerçants tombent poignardés, des bourses sont volées et des étals fracassés, des vengeances s’accomplissent à la vue de tous. La foule, masse obscure sans meneur, piétine, étouffe, tue elle aussi sans même s’en rendre compte. Un rideau noir se déroule lentement sur la cité aux turquoises, et la mort accomplit son œuvre.

Enfin, plusieurs soldats entrent, arme au poing, au Relais des Dieux. La vagabonde est toujours là, comme insensible au drame.

Elle lit le désespoir, la peur, la terreur absolue, sous le crâne des guerriers. Une bouillie de craintes, diverses, diffuses, empreintes de mysticisme et d’ignorance. Quelques gouttes de colère se noient dans cette soupe primitive, qui devient hargne insoumise, rage. Le jeune citoyen confirme à l’officier :

— Oui. C’est elle.

Lentement, sans geste brusque, la déesse déchue se lève et écarte les bras ?

— Oui, répète-t-elle. C’est moi.

Dehors, la tour de l’Ouest subit la même fin que celle du Sud, s’écrasant allègrement sur une poignée d’honnêtes gens et quelques hommes d’arme.

Entravée telle une bête sauvage, cernée par les javelots de soldats affolés, la vagabonde est emportée vers le trône, si toutefois il existe encore un trône. Les suffocants continuent de tomber, le vent de rompre les murs comme des châteaux de sable. Une nouvelle voûte de pierre bleue s’abat sur le sol, brisant des dalles imposantes sous le choc, blessant de ses débris aigus plusieurs soldats. Le feu se déclare, ici aussi. La voie est bloquée. L’officier ordonne un détour par une traverse ; le convoi rejoint les colonnes de la grand porte.

La déesse défigure les visages qui l’entourent. Elle ne lit plus que l’horreur, l’indécision… Juste en face, un enfant, encore un, arrête de pleurer et de respirer.

— Il faut cesser ! hurle soudain l’un des geôliers.

Enfin ! pense la déesse.

Enfin ! Elle lit la colère, elle discerne, derrière, le sourire de l’espoir. Chez un homme au moins, le monde devient courage, se teinte d’hésitation craintive, redevient clair comme de l’eau pure.

Alors l’acier froid d’une épée lui transperce le cœur.

Surprise elle-même, la vagabonde savoure enfin cette douleur. Atroce mais tellement significative. La fumée et des nuées de poussière ont envahi la ville, les râles et les plaintes surpassent les cris ; tout n’est que ruines. Alors qu’elle s’effondre, elle sent l’espoir revenir dans quelques cœurs. Un nouveau mur s’écroule, mais certains pensent à l’avenir et aux jours meilleurs. On l’a abandonnée là, sur une dalle noircie. Elle expire seule, et des flammes que personne n’a cherché à éteindre atteignent bientôt son cadavre.

Immatérielle, la déesse ne perçoit plus que ses propres pensées. Elle va rejoindre les siens. Il lui fallait mourir de la main d’un mortel pour renaître déesse. La fin rattrape le commencement, la création suit la destruction. La chute, inachevée, interminable. Mourir de la main d’un mortel pour renaître déesse. Mourir…

Une Réponse à “RESULTAT DU PREMIER CONCOURS DE NOUVELLES”

  1. josy dit :

    J’ai lu ce texte avec beaucoup de plaisir. Il me rappelle un peu le style de Laurent Gaudé. Bravo! Très bien écrit.

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